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Semaine du 6 décembre 2017

« Quelle réalité, la tienne ou la mienne? »

    Je compare ma relation auprès de belle-mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer, à l’image d’un parent qui marche avec un jeune enfant, main dans la main. Le parent doit ajuster son pas au rythme de l’enfant, sinon il ne sera pas en mesure de suivre la cadence. En présence de ma belle-mère, je dois constamment considérer sa réalité et rester dans le moment présent.

      Lors d’une visite dans sa famille d’accueil, elle n’avait de yeux que pour son fils, mon mari. Elle lui disait qu’il était gentil d’être venu la voir, qu’il était son homme en lui prenant la main. Elle ignorait son mari assis plus loin. Nous comprenions tous sa confusion, mais un malaise existait. Après la visite, j’ai mentionné à mon beau-père avoir remarqué la tendresse et l’amour présents dans les yeux de ma belle-mère. Je trouvais qu’ils avaient été chanceux de vivre un si grand amour et que nous étions privilégiés d’avoir pu le constater à travers ses yeux de jeunesse. Il était d’accord, ils avaient vécu un grand amour. J’imagine difficilement sa souffrance de voir sa conjointe dépérir devant ses yeux.  Jour après jour, il doit faire le deuil, à petit feu, non pas de la personne mais plutôt de la relation qu'il entretient avec elle.

      Dans cette maladie, comme dans d’autres qui touchent nos parents âgés, la confusion et les pertes de mémoire font partie de leur quotidien. Parfois, leurs paroles blessantes et leurs gestes inappropriés sont le reflet de leur réalité et de la maladie. Nous devenons des cibles de parcours. Je suis convaincue qu’ils ne veulent pas nous blesser intentionnellement.  Or, certains propos peuvent parfois être difficiles à entendre et à accepter. J’entends souvent cette souffrance à travers des confidences. Il n’y a pas de recette magique pour y faire face mais la tolérance, le pardon et l’amour inconditionnel font sûrement partie d’un mieux- être au présent.

 

Martine Duval